
POINT DE VUE - IMAGES DU MONDE
SUPPLEMENT LUXE
JUIN 2008
Anne
Malassagne
Couveuse de grands crus
De tout temps, la Champagne a réussi aux femmes. A Damery, au coeur de la vallée de la Marne, Anne Malassagne dirige une petite maison familiale où l'on soigne d'élégants blanc de blancs.
Avec son frère Antoine, Anne Malassagne a réparti les rôles.
A lui le vignoble et la vinification. A elle la gestion, le marketing
et la vente. A eux une prodution annuelle de 380 000 bouteilles, dont
la moitié classée Grand Cru pur chardonnay, qui fait la
réputation de la maison AR Lenoble, de Londres au Japon. "Nous
avons fait le choix de peu sucrer et de laisser maturer le vin longtemps
en cave, jusqu'à quatre ans, quand la durée moyenne pour
le champagne est de dix-huit mois", dévoile Anne, 42 ans,
plongée dans l'aventure il y a quinze ans, à la disparition
brutale de son père. A l'époque, la jeune femme, titulaire
d'un 3ème cycle de gestion, commence une classique carrière
au service d'audit de L'Oréal. "Je ne pouvais pas ne pas essayer",
avoue-t-elle, sans vraiment imaginer la suite. D'autant que cette année-là,
en 1993, la Champagne, plombée par la crise du Golfe, connaît
des heures sombres. Heureusement, Lenoble possède un trésor
de guerre : dix-huit hectares de vignes, pour l'essentiel classés
Grand Cru et situés sur la côte des Blancs, le meilleur terroir
qui soit. Ils ont été achetés en 1915 par son arrière-grand-père
Armand-Raphaël Graser, marchand de vins alsacien fuyant les armées
allemandes.
Près d'un siècle plus tard, Anne et Antoine Malassagne ne
cherchent pas à rivaliser avec les volumes des grands groupes.
Ils se contentent de cultiver "une notoriété de grands
amateurs", qui apprécient le caractère puissant des
cuvées de la maison placées en fûts de bois pour leur
première fermentation. Quatre, voire huit ans plus tard pour les
prestigieux flacons Aventures (assemblage de différents millésimes
de grands crus), les bouchons peuvent sauter. Anne veille aux bulles.

