LENOBLE, LA PLUS PETITE DES GRANDES MAISONS
Lenoble est une petite maison qui se porte bien. 70 % de son chiffre
d'affaires est réalisé à l'exportation. Les
bouteilles spéciales : millésimes, blanc de blancs
ou de noirs, rosés, non dosé, etc., celles où
la valeur ajoutée est la plus importante, représentent
environ 60 % de ce chiffre d'affaires. Un cas presque unique en
Champagne. Qui prouve qu'il est toujours possible d'entreprendre
en France.
L'artisan de ce succès s'appelle Anne Malassagne. Une jeune
femme mince au visage sans fard qui respire l'énergie mais
sait aussi s'arrêter pour réfléchir. Ce jour-là,
elle parle avec les mains, comme pour convaincre, encore mieux,
encore plus. Mais, tout en s'exprimant, elle pense à ce qu'elle
va dire plus tard. Aux échecs, on dirait qu'elle a deux coups
d'avance. "Il faut de la volonté, de l'intuition et de la
chance" dit-elle.
La création de la maison Lenoble remonte à 1920. Ce
sont les parents d'Anne, médecins tous les deux, qui gèrent
la propriété, la portent à bout de bras. Au
début des années 90, la grande distribution décide
de faire sa pub sur quelques produits dits de luxe, au nombre desquels
figure le champagne. Les camions circulent, le nom qui figure sur
l'étiquette est parfois différent de celui du producteur,
du négociant ou de la coopérative qui aura réellement
élaboré le vin. De la même façon, on
peut trouver sous la même marque des vins bien différents.
La maison AR Lenoble prend l'eau.
Anne Malassagne, titulaire d'un mastère d'économie
internationale obtenu à Dauphine, est alors salariée
depuis quatre ans de l'Oréal, l'entreprise française
la plus flamboyante de l'époque. Elle demande à son
père de surseoir à sa décision de vendre, prend
la direction de la maison. Et la galère commence. Ni les
restaurateurs, ni les cavistes n'attendent une jeune femme frêle
vendant une marque inconnue. Après dix-huit mois d'efforts
infructueux, elle s'appuie sur les représentations diplomatiques
du Quai d'Orsay. Elle perfectionne son anglais et son allemand,
passe ses nuits à éplucher une paperasse indigeste...
L'Angleterre, la Belgique, l'Allemagne sont ses premiers succès.
Elle s'enhardit au Japon, à Singapour, à Hong-Kong
puis aux Etats-Unis. Bien que ses vins ne correspondent pas à
ce que l'on considère comme le "style Parker", le célèbre
Américain lui attribue des notes très élevées,
la barre mythique des 92/100. La marque est sauvée. Antoine,
son frère cadet rejoint Anne à la tête de l'entreprise.
Des secrets ? "Non, dit-elle. Il faut de beaux raisins des meilleures
parcelles, être attentif au goût de l'époque
et devancer le goût des clients. Le marketing attend que les
clients définissent ce qu'ils veulent, dans un domaine où
le jus de raisins ne sera vendu que quatre ou cinq ans plus tard.
Ca n'a pas de sens. Il faut se dépenser sans compter."
La Champagne n'a-t-elle pas été faite par les femmes
? Quand vous croiserez l'un des vins d'Anne Malassagne, n'hésitez
pas. |